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1998 |
L'ARTICLE
DU MOIS (et les précéents à la suite)
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Régulièrement, je traite ici un sujet nouveau concernant la voix.
Qu'est-ce qu'une maladie professionnelle ? Avec la découverte des méfaits des radiations nucléaires, de l'amiante, de la dioxine, nous savons que toutes les personnes exposées courent un risque grave. Il en est de même pour les mineurs de fond, les peintres sur la tour Eiffel, les parachutistes ou les plongeurs en eaux profondes. Tous courent le risque parfois vital. Tous ne meurent pas. Une maladie professionnelle a pour origine un danger permanent qui touche tous les professionnels, tous. En quoi parler 4 à 6 heures par jour ferait-il courir un risque ? Les moniteurs de natation, les avocats, les forains, les chefs de chantier, les vendeurs sur les marchés le font en permanence. Ils parlent sur quelques notes et à intensité moyenne et parfois forte, mais pas en permanence. Qu'en est il des chanteurs ? Ils chantent 4 à 6 heures par jour, sur 2 octaves, à forte et parfois très forte intensité, toute l'année, toute leur vie. Qu'en est il des pays étrangers ? En Espagne et au Brésil, l'enrouement est admis MAIS dans toute l'Amérique centrale et du Sud, il n'y a pas de problèmes de voix pour les enseignants. J'ai vécu au Chili face au Lycée de l'Alliance Française : aucun professeur n'avait de problème de voix. J'ai vécu au Canada à Ottawa. Ni à l'Université française, ni à l'Université Carleton ni au Lycée français il n'y avait de professeur en difficulté de voix. Mieux : à mon arrivée au Canada, j'ai contacté le représentant du syndicat des orthophonistes du Québec pour lui proposer une rencontre informelle sur les difficultés de voix des enseignants. Il m'a répondu : " Pourquoi les enseignants ? " Cela ne règle pas le problème des enseignants français en difficulté de voix. Les chercheurs de l'INRS sur l'étude récente publiée n'ont pas cherché à comprendre pourquoi sur 1.200.000 employés de l'Education nationale, plus d'un million n'avaient pas de problèmes de voix. Pourquoi en Suède 99% des enseignants étaient sans problèmes. L'analyse du spectre des bonnes voix comparée à celles en difficulté ouvre une piste : " Les bonnes voix ont un timbre extra vocalique placé " Les basques, les corses, les marseillais, les toulousains ont un timbre extra vocalique placé " Les chanteurs du monde entier ont tous un timbre extra vocalique placé " Les orateurs en difficulté n'ont pas de timbre extra vocalique " Les patients souffrant d'un dysfonctionnement dysfonctionnel n'ont pas de timbre extra vocalique " Les patients souffrant de pathologie du larynx n' ont pas de timbre extra vocalique placé Ci dessous des exemples. Depuis 10 ans j'ai formé 700 orthophonistes au placement du timbre extra vocalique de leurs patients. Les résultats obtenus sont patents. Avis aux enseignants !
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Bonne voix de comédienne.................
.................Mauvaise voix avec une laryngite aigue
Au dessus de la première ligne rouge, le timbre extra vocalique
Voici le timbre d'une patiente ayant subi après opération la paralysie d'une corde vocale
Condamnée par le médecin expert à ne plus se servir de sa voix et à perdre son emploi
Après rééducation, elle a réintégré son poste.
: L'ENSEIGNANT ET L'ORTHOPHONISTE
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Bien des enseignants ont la voix fragile. Cette affirmation n'est pas nouvelle, et chaque rentrée scolaire la réactualise. Nombreux sont ceux qui retrouvent dès le mois de septembre le fameux petit picotement dans la gorge, annonciateur d'une journée difficile et d'une soirée dans la douleur. En était-il de même il y a 50 ans ? A priori non, du moins pas autant, pas à ce point. Pourquoi ? Il est instructif de chercher à comprendre ce qui a évolué ou changé dans la profession. L'étude réalisée il y a quelques années par le CHU de Montpellier pour le Rectorat n'a pas abordé ce sujet. L'article dans la revue VALEURS Mutualistes non plus. Le journaliste, confondant forçage de la voix et pratique à forte intensité préconisait le contraire de ce qu'il faudrait : Il proposait aux enseignants d'économiser leur voix et de ne plus chanter en chorale. Erreur ! Plus un maçon se sert de ses biceps pour porter des sacs de ciment ou manier la pioche, et plus il en est capable. Plus un forain sur son stand, un avocat au Palais ou un maître nageur en piscine utilisent (bien) leur voix, et plus ils peuvent s'en servir. Le tout est de BIEN s'en servir. En conséquence, plus un enseignant utilise bien sa voix , même à forte intensité, et plus il est tonique et loin de l'enrouement. Certains en sont les exemples enviés de leurs collègues. Dans la même classe, le même établissement, les mêmes circonstances, tel enseignant sort de sa classe avec une voix tonitruante, alors que son collègue est enroué. Cela prouve donc que ce n'est pas une maladie rofessionnelle, mais une inadaptation de certains à l'exercice de cette profession. L'utilisation de la voix n'est plus la même aujourd'hui. Le niveau sonore ambiant dans les villes, dans les établissements et dans les classes a changé. Il s'est élevé. Le bruit est devenu une agression permanente. Crier en ville, dans l'autobus ou dans son jardin est devenu incorrect, banni et on ne sait plus le faire (Les bergers de montagne n'ont pas ce problème). Les locaux modernes n'ont pas l'épaisseur de murs des établissements d'avant guerre. Leur niveau sonore a monté. De ce fait, l'enseignant devrait modifier le fonctionnement de sa voix. S'il ne le fait pas bien, il n'est pas entendu. Il va donc hausser le ton et, bien souvent malheureusement, éclaircir son timbre, "blanchir sa voix " comme on dit. Il entrera alors dans le processus de déséquilibre de fonctionnement de son larynx à forte intensité. L'enrouement est inéluctable, et l'aphonie ou les blessures pour bientôt. |
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Comprendre pour pouvoir apprendre. Comprendre d'abord comment fonctionne une voix "a forte intensité ". Comprendre qu'il est inutile de chercher à parler plus fort pour être entendu. Mettre à fond le volume d'un mauvais poste autoradio ne donnera jamais un résultat de Hi-Fi. Il faut chercher la qualité de son timbre. Et puis on ne doit pas prononcer de la même manière, ni sur la même note, au téléphone pour une personne ou dans un amphi pour 50 ou plus. L'utilisation de la voix à forte intensité s'approche du domaine du chant, et il n'est pas étonnant que les toulousains ou basques à la voix " chantante " n'aient pas ou peu de problèmes de voix. Les chanteurs lyriques connaissent bien ce geste, et les chanteurs étrangers savent choisir entre bien chanter ou bien prononcer le français. Il suffit de les écouter. Ce n'est pas sans raison que l'on comprend mal ce qu'ils disent : c'est parce qu'ils chantent bien. Les enseignants ne maîtrisent pas au départ cette technique. S'adresser aux médecins, fussent ils spécialistes de la voix (ORL, Phoniatres) n'est pas la panacée : le médecin soigne, il ne forme pas. Ceci expliquerait que des enseignants en difficulté aient pu suivre le circuit "médecin généraliste, spécialiste O.R.L., phoniatre, chirurgie, orthophoniste " et rechuter avec désespoir. On a soigné les conséquences et non les causes, et on n'a pas adapté l'organe aux fonctions demandées. |
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| Les enseignants en difficulté vocale sont nombreux. Après rééducation par un orthophoniste, ils sont encore beaucoup à rechuter. POURQUOI ? Il serait simpliste d'imaginer que le praticien n'a pas fait son travail. Il vous a enseigné à souffler en utilisant la respiration basse du diaphragme. ll vous a sensibilisés à la projection du son dans les résonateurs, afin d'obtenir un timbre plus riche et audible. Il vous a enseigné la relaxation, un équilibre vertical corporel. Et pourtant, la rechute est là, depuis les premiers jours de reprise des cours . |
Deplaçons nos interrogations :
Je suis amené régulièrement à répondre
à des personnes sortant déçues des résultats de
plusieurs mois de rééducation par orthophoniste. Quantitativement,
bien entendu, c'est très peu comparé aux millions d'actes que
peuvent faire les quelques dix mille orthophonistes français.D'autre
part, nombre d'orthophonistes sont saturés de travail AUTRE que la rééducation
de la voix. Rares même sont ceux qui s'y intéressent réellement,
alors qu'ils sont cdonsiderés par le corps médical comme le seul
partenaire de rééducation.
J'observe pourtant chez mes interlocuteurs rééduqués
des composantes constantes qui m'amènent à avancer plusieurs hypothèses
:
n°1:" C'est à partir d'un diagnostic erroné et donc
sur des prescriptions imprécises sinon hors sujet que certains des patients
auraient été amenés à subir des actes de rééducation
inadaptés. Ils constatent même se retrouver dans la situation de
dysfonctionnement pour lequel ils avaient consulté ! ! !"
On aurait soigné la conséquence, et pas la cause. Il semble
que le fondamental usuel (F.U. note sur laquelle le patient parle habituellement)
qu'observe le praticien soit souvent pris pour acquis dans le cas de mes interlocuteurs.
Or cette note sur laquelle le patient parle (mal) peut être non spontanée,
et dans certains cas avoir été " choisie " par le patient.
Et c'est le choix de cette note l'origine du trouble fonctionnel.
Un exemple : -De très nombreuses Antillaises, notamment " en commune
", parlent sur un FU en dessous de leur tessiture normale, et très
en dessous des observations des professeurs Le Huche, Cornut ou Amy de la Bretèque
dans leurs livres. En conséquence, nombreuses sont celles qui ont des
difficultés vocales.
- La raison de cette situation ? C'est madame Edda Pierre, mère de
notre cantatrice internationale et ancien professeur de chant qui me l'a expliquée
: les femmes sont presque toutes " chef de famille ", les pères
étant soit partis, soit multiples, soit ailleurs. Et c'est donc, pensent
elles, à elles de représenter l'autorité par une voix "
mâle ". Dès la cour de l'école, elles recherchent la
voix grave de poitrine idéale, et se moquent de celle qui n'y parvient
pas. Les images idéales de Celine Dion, Lara Fabian ou Edith Piaf toutes
chanteuses en voix de poitrine, vont dans ce sens.
En conséquence, se fier au FU de ces femmes pour les rééduquer
serait un leurre. Il conviendra d'amener celles dont le larynx ne peut supporter
un tel fonctionnement éloigné de leur véritable tessiture,
à accepter "socialement" de changer la hauteur de leur voix.
Et alors, tout se remettra en place naturellement.
Il existe le même phénomène ailleurs et notamment pour
certains hommes. Les chorales disent manquer de ténors. Ce serait une
erreur de croire qu'ils n'existent pas. Etre ténor ne se décide
pas mais se constate. Dans les pupitres de basses il y a de nombreux ténors
qui s'ignorent.
Dans la voix parlée, l'erreur est identique. Rares sont les ténors
qui acceptent leur voix conversationnelle. Dès l'adolescence, ils cherchent
donc à la descendre et parlent le plus grave possible. Leur voix peut
faire rire les copains et, pensent ils, fuir les filles. Ils recherchent une
voix plus mâle. Projeter sa voix hors tessiture est générateur
de forçage.Il y a une différence énorme entre les possibilités
de projection à forte intensité sur le haut médium et celles
du FU. Le forçage mène au dysfonctionnement. Si le praticien admet
ce FU sur lequel son patient lui parle comme normal, le diagnostic sera erroné,
et la rééducation de l'orthophoniste inadaptée.
Les corps médical en général et les orthophonistes en
particulier ne devrait pas s'exonérer, à mon avis, de chercher
la tessiture TOTALE du patient pour classer le F.U. apparent comme dans la norme
ou hors norme. Il faut dire que si le praticien s'appuie pour ce faire sur les
certaines affirmations trouvées dans les livres de médecine, il
n'est pas sorti de ses erreurs!…! ! mais cela sera le sujet d'un prochain billet
du mois.
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